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Lentilles de contact et saison estivale : les bons gestes à adopter
le 07/08/2026
Baignades, sable, chaleur, climatisation, journées à rallonge : l'été concentre la quasi-totalité des facteurs de risque pour les porteurs de lentilles. Or une kératite infectieuse contractée dans l'eau peut, dans les formes les plus sévères, laisser des séquelles visuelles définitives. Le Docteur Jean Malecaze, ophtalmologue à la clinique de l'Union à Saint-Jean, dans l'agglomération toulousaine, fait le point sur les règles d'or de la saison.
On les oublie dès qu'elles sont posées. C'est précisément ce qui fait leur confort… et leur danger. L'ordre de grandeur est saisissant : « Sur vingt patients hospitalisés en ophtalmologie dans un CHU, cinq à dix le sont pour une infection ou un mauvais usage de lentilles », rappelle le Dr Malecaze. Formé à l'hôpital, ancien chef de clinique, installé en libéral depuis trois ans, ce spécialiste des pathologies de la cornée et de la chirurgie réfractive réalise environ 300 interventions au laser par an. Il connaît donc les deux versants du sujet : celui des complications, et celui des solutions.
Pourquoi l'été est-elle une saison à haut risque ?
Le message tient en une phrase, et c'est celui que le Dr Malecaze souhaite marteler en priorité : lentilles et eau ne font pas bon ménage.
Le risque le plus sous-estimé, c'est le contact entre les lentilles et l'eau. Beaucoup de porteurs l'ignorent totalement. Et il ne s'agit pas seulement de la piscine ou du jacuzzi : c'est tout type d'eau. La mer, la piscine, la douche et même l'eau du robinet.
Le mécanisme est double : « La lentille favorise l'adhésion des germes à la surface de la cornée. Son port provoque aussi des micro-traumatismes qui constituent autant de portes d'entrée pour les micro-organismes » explique l'ophtalmologue. Autrement dit, la lentille joue à la fois le rôle de support et de brèche.
Or l'eau, quelle qu'elle soit, n'est jamais stérile : elle héberge des bactéries, mais aussi des champignons et des amibes. « Ce que nous redoutons le plus, ce sont les champignons et les amibes, notamment « Acanthamoeba » : ce sont eux qui entraînent les conséquences les plus lourdes sur la vision. ». Ces formes graves restent minoritaires, la grande majorité des kératites sont bactériennes, répondent bien aux collyres et guérissent en une semaine sans séquelle, mais elles existent, et elles vont parfois loin. « Ce n’est pas une infection superficielle, en réalité, l'atteinte peut gagner l'ensemble de l'œil, et le risque ultime, c'est l'éviscération. Je pense que très peu de Français le savent. »
Les autres facteurs estivaux, sable, chaleur, climatisation et vent n'infectent pas directement, mais ils préparent le terrain : ils assèchent la surface oculaire et fragilisent une cornée qui devient alors plus vulnérable.
Les bons gestes à adopter cet été
1. Ne jamais nager, ni se doucher, avec ses lentilles : mer, piscine, lac, jacuzzi, douche : la règle vaut pour toutes les eaux, sans exception.
2. Se laver les mains avant chaque manipulation : avant la pose comme avant le retrait. C'est le geste le plus simple et le plus déterminant.
3. Ne jamais rincer étui ou lentilles à l'eau du robinet : uniquement la solution d'entretien prévue à cet effet. « Beaucoup de patients rincent leur étui à l'eau du robinet en pensant qu'elle est propre. Elle est potable, mais elle n'est pas stérile », souligne le Dr Malecaze.
4. Respecter scrupuleusement les durées de port : prolonger une lentille mensuelle « encore quelques jours » est une tentation fréquente en vacances, et l'un des scénarios classiques de complication.
5. Passer aux journalières pendant l'été : « Avec une journalière, on retire, on jette, c'est terminé : le risque infectieux est mécaniquement plus faible. ». Le praticien en fait un principe : « Je commence par des journalières dans 90 % des cas. Au bout d'un an, si le patient s'est montré rigoureux et a bien intégré les consignes, on peut envisager des mensuelles. » Leur coût plus élevé reste, il le reconnaît, un frein réel.
6. Adapter son entretien en voyage : solution neuve, étui propre, et une paire de lunettes de secours dans la valise, pour pouvoir renoncer aux lentilles dès que l'œil tire.
Les signaux d'alerte : ce qui impose une consultation rapide
Sur ce point, le Dr Malecaze est catégorique : « Un œil rouge et douloureux chez un porteur de lentilles doit conduire à consulter très rapidement. Rouge seulement, ou douloureux seulement : la consigne reste la même. ». S'y ajoute la baisse d'acuité visuelle, qui doit être considérée comme un signe d'alarme à part entière.
Comment faire la part des choses avec une simple irritation ? « Un léger inconfort ou une petite rougeur qui disparaît dans la journée ou le lendemain relève le plus souvent d'une sécheresse passagère. C'est la persistance qui doit alerter », précise-t-il. Au-delà de deux jours, ou en cas d'aggravation, la consultation ne se discute pas.
L'enjeu est le délai, la clé, c'est de diagnostiquer tôt pour traiter l’infection tôt. Prise à temps, une kératite infectieuse se soigne par collyres horaires, antibiotiques, antifongiques ou antiparasitaires, avec des prélèvements réalisés d'emblée pour identifier le germe et cibler le traitement.
Une nuance importante, enfin, que le praticien tient à rappeler : « Une infection peut aussi survenir chez quelqu'un dont l'usage est irréprochable. Il ne faut pas faire porter la faute aux patients. Le risque, on le minimise, mais il ne disparaît jamais totalement. »
Les alternatives pour l'été : des solutions simples, et une option durable
Reste la question pratique : que fait-on quand on ne voit rien sans correction et qu'on passe ses vacances dans l'eau ? « Les lunettes de natation à la vue se sont beaucoup démocratisées. On en trouve facilement chez les opticiens, et cela fonctionne très bien », indique le Dr Malecaze. Sur la plage, il recommande des lunettes de soleil correctrices : double bénéfice, puisqu'on supprime le risque infectieux tout en protégeant l'œil des UV.
Le compromis, lui, doit rester encadré : « Si un patient me dit qu'il nage deux heures avec des journalières sous un masque parfaitement étanche, qu'il rince ensuite abondamment au sérum physiologique, puis retire et jette immédiatement ses lentilles, cela ne me choque pas. Mais ma préférence va clairement aux lunettes correctrices. »
Pour les grands sportifs nautiques, la chirurgie réfractive change la donne : « Se faire opérer est moins risqué que de porter des lentilles pendant vingt ans.». La reprise des activités aquatiques intervient généralement au bout d'un mois, selon la technique employée. Avec une réserve, que l'ophtalmologue tient à formuler clairement : « Tout le monde n'est pas opérable. La partie la plus difficile de notre métier, c'est d'annoncer à quelqu'un que ses cornées ne permettent pas l'intervention. ». D'où l'importance d'un bilan préopératoire complet, mené par une équipe qui pratique cette chirurgie au quotidien.